Qu'est ce que le Gwoka ? C'est la forme musicale, à base de tambours essentiellement, constituée d'un ensemble de rythmes de chants et de danses précis. C'est la seule musique qui a été véritablement créée par les Guadeloupéens à partir d'un important apport Africain qui s'est transformé en fonction des nouvelles données culturelles parues en Guadeloupe et fournies parles nombreux bouleversement sociaux, économiques et politiques dont notre pays a été le théâtre. L'histoire de la Guadeloupe est en effet riche en rebondissements. On a vu défiler Caraïbe, Espagnol, Français, Africains, Anglais, et Indiens, toutes ces nations ayant laissé certaines traces plus ou moins grandes dans la culture Guadeloupéenne et notamment au niveau de la musique. Le GWOKA est donc constitué d'élément Africains et très certainement d'éléments européens également. L'ORlGlNE DU MOT «GWOKA» Celle qui nous semble la plus plausible est donnée en note en fin de lexique par Simone et André Schwartz Bart dans Un plat de porc aux bananes vertes . Ayant écrit «n'goka» à la page 83 , les auteurs ont jugé utile de justifier leur orthographe de la manière suivant : «Nous avons pris la liberté de transcrire ainsi le terme désignant le tambour «goka» des Antilles (Bélai de la Martinique). En effet , il nous est parvenu que «N'goka» recouvre en dialecte Sango des rives de l'Oubangui , le même instrument et de forme identique, d'interprétation voisine . Y voyant chance (sic) considérer l'histoire de la traite - que nous nous trouvions là devant un cas peu commun de filiation totale- l'objet , sa technique, son nom- nous avons cru devoir nous soumettre à la vérité ancestrale du «gros-tambour» des Antilles française en orthographiant de la sorte l'héritier si lointain et pourtant si fidèle des vieux tambours «N'goka de l'Afrique Centrale». Simone et André Schwartz Bart ne sont pas les seuls à parler de «N'goka». D.J.G. Lara dans l'avant propos du livre de Oruna Lara, intitulé La Guadeloupe dans l'histoire nous parle de la «veillée au N'goka pour commémorer un défunt disparu en 1924». De même, Anca Bertrand à la page 8 de la revue. Parallèle N° 28, utilisera ce mot : «Les tambours «N'GOKA» de Ia Guadeloupe et les tambours bélairs de la Martinique ont exactement le même rôle».
LE GWOKA, D'ABORD MOYEN DE LUTTE Étant perpétuellement en situation de guerre car ils étaient chassés de nuit comme de jour les esclaves libres se sont servis de la musique d'abord comme moyen de lutte. En effet, pour éviter que leur faits et gestes ne soit sus des maître toujours aux aguets, les «négmawon», disséminés un peu partout , s'envoyaient des messages codés au moyen de tambours . Ainsi tels sons pouvaient signifier que tel jour, telle habitation allait être attaquée et qu'il fallait se regrouper à tel endroit et à telle heure précis. Tels autres sons pouvaient mettre en garde contre des dangers éventuels et indiquer tel point de ralliement. Le «Ka» a été un moyen de lutte également, quand tout comme le coutelas ou la hache, il était présent lors des grandes attaques des habitations sucrières. A ce niveau, il servait non seulement à rythmer la marche des assaillants, mais aussi à stimuler, à redoubler l'ardeur des esclaves quand le combat battait son plein. Justement le «LEWOZ» qui, de nos jours encore, reste fondamentalement une danse de combat durant laquelle le «Ka» stimule les deux lutteurs, tire bien sa caractéristique de ces moments-là. C'est la raison pour laquelle, on le dansait souvent à l'aide d'un bâton qui permettait à l'exécuteur habile de réussir des jeux d'adresse, avant de faire mine de frapper le «mawkè» au moment du «REPRIZ».
LE GWOKA TRADUISAIT LES DIFFERENTS ÉTATS D'AME DU GUADELOUPEEN Enfin nos grands parents se sont servis du gwoka dans leurs moments de joie et de tristesse. Les cérémonies de baptême et de mariage représentaient de grandes occasions pour s'adonner aux danses et aux chants, bref pour s'amuser aux sons du tambour. Le regroupement d'amis et de parents venus encourager les deux époux dans leur engagement à une vie commune, et montrer leur satisfaction face à la venue au monde du nouveau-né, donnait lieu à des réjouissances, saines et naturelles qui ne pouvaient être assurées au premier chef, que par le «gwoka». Dans les fêtes de communes, les «LEWOZ» et aussi les grandes fêtes de l'année, les «ka» étaient également présents. Ils éclataient dans toute leur puissance, toujours de plus belle et sans jamais se lasser. Ils ne se taisaient qu'à une heure très avancée de la nuit, et le plus souvent jusqu'au lever du jour. Mais compagnon fidèle, le «ka» apaisait le coeur meurtri des Guadeloupéens qui connaissaient aussi et surtout des moments de tristesse profonde. Pour rendre compte des dures souffrances provoquées par des atroces conditions de vie et ce travail ; pour faire part aux autres du vif chagrin causé par la disparition d'un être cher ; pour communiquer la douleur aiguë déclenchée par des évènements catastrophiques (malheur survenu à soi-même, à un parent ou à un ami, passage d'un cyclone ayant ravagé tout le pays, etc...); pour toutes ces graves circonstances, les sons des rythmes du gwoka et en particulier ceux du KALADJA ébranlaient même le coeur des plus durs. (Extrait du livre DIADYEE de Joslen GABALI)